La parole au défi du racisme : un témoignage

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L’ODC était à la rencontre des jeunes du Service jeunesse de la commune des Lilas le vendredi 9 novembre 2012 au centre Louise Michel des Lilas, en fin d’après-midi. Ce jour-là, le service jeunesse avait organisé une journée de réflexion autour des discriminations et avait invité l’association à venir participer à ce débat sur les luttes contre le racisme. Avec Fulvio Caccia, le directeur, j’ai pu participer à cette rencontre dans le cadre de mon stage de service civique qui m’a touché à plusieurs égards. Voici comment cela s’est déroulé.

D’abord, le directeur a présenté l’association. Je sentais qu’il voulait être le plus simple possible, pour être sûr de se faire comprendre par tous, exercice difficile quand on veut transmettre le maximum d’informations. C’était marrant de le voir parler à des jeunes, et de capter leur attention comme il le faisait, je n’avais pas l’habitude de le voir comme ça. Il a insisté sur le fait que les discriminations existent dans tous les domaines, et que le racisme en est l’un d’eux. Il a aussi exposé les manières de lutter contre le racisme, tout en expliquant en quoi ses thèses sont contestables et nuisibles à la société, et en quoi il est légalement prohibé. Il faisait de la pédagogie.

Le racisme renvoie forcément à l’étranger, et à la relation que l’on a avec des cultures qui viennent d’ailleurs. Bien que de générations très différentes, le directeur et moi avons ceci en commun : nous sommes partis à un âge où nous avions déjà assimilé notre langue maternelle. Sans être forcément confrontés au racisme, on s’est mesuré à la découverte d’une autre culture et d’un autre mode de vie. Ce voyage culturel est celui qui crée la diversité, mais aussi celui qui crée le racisme, c’est ce que nous voulions faire comprendre à ces jeunes qui nous écoutaient, et c’est la raison pour laquelle le directeur m’a introduit en m’invitant à parler de ma propre expérience.

J’ai donc raconté à la vingtaine de jeunes qui étaient en face de nous mon histoire, les raisons qui ont poussé ma famille à quitter l’Algérie, les relations que j’entretiens aujourd’hui avec mes deux pays, et la manière dont j’ai vécu ce voyage. J’expliquais les raisons politiques qui ont fait que je vis aujourd’hui en France, et l’auditoire était attentif. S’ensuivit alors un débat sur les différentes formes d’immigration (politiques ou économiques) et les formes de racisme qui peuvent exister. La majorité des jeunes présents étaient eux-mêmes issus de l’immigration, ils se sentaient sans doute particulièrement concernés par ce sujet.

J’avoue avoir été agréablement surpris par la vivacité de leurs questions. Nous avons réussi à dépasser le simple problème du racisme en parlant de discrimination en général (discrimination que les immigrants peuvent vivre dans leur pays d’origine lorsqu’ils le quittent pour des raisons politiques par exemple, et dans leur pays d’accueil en se confrontant au racisme).

Il n’était pas possible de parler du racisme sans parler de lutte contre le racisme. Le meilleur moyen de lutter contre le racisme est d’être fier de ses origines, et de les assumer sereinement devant l’ignorance des racistes. En somme il faut s’accepter pour se faire accepter.

Dis-moi qui tu es

Dans cette perspective, nous avons proposé un exercice qui m’a particulièrement interpellé. Et pour cause, il s’agissait d’inviter ceux qui le souhaitaient à se lever et se présenter devant tout le monde en déclinant leur nom, leur prénom, leur âge, et leur ambition professionnelle. Dire son nom, c’est à dire qui on est, devant tous, n’est déjà pas choses aisée pour les adultes, et encore moins pour les adolescents. Néanmoins, ils ont joué le jeu, et s’y sont pris. Ce que j’ai constaté c’est qu’affirmer son identité ne va pas de soi, et c’est normal, car ça implique une conscience de soi, et de son interlocuteur, ou du moins de son auditoire. Ce sont là des qualités que l’on acquiert par la pratique et l’éducation. Cela permet de relativiser la pression que peut exercer le groupe sur l’individu, sa timidité, et ça valorise son estime de soi. Cette parole mise au service de l’expression de son identité la plus élémentaire, est le meilleur moyen de lutte contre le racisme

Notre société a besoin de démocratiser les lieux et les occasions de la parole pour exprimer la différence et faire vivre la diversité. L’ODC peut contribuer à la formation des jeunes à cette fin. Cette rencontre avec les jeunes du service jeunesse fut une merveilleuse expérience, qui nous interroge tous sur les questions de la différence.

Et si la vérité sortait aussi de la bouche des adolescents ?

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